samedi 11 février 2023

JEUNES : ... ET PENDANT CE TEMPS, LA MAJORITE MACRONISTE DE L'ASSEMBLEE VIENT DE REFUSER LE TICKET-REPAS A 1€ AUX ETUDIANTS...

Un jeune sur quatre vit sous le seuil de pauvreté

Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) publiée ce vendredi indique que 26 % des jeunes de 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté. En mobilisant plusieurs outils de mesure, l’organisme démontre que le taux de pauvreté monétaire grimpe à 40 % pour ceux qui sont étudiants et habitent seuls. Un phénomène jugé « très largement structurel ».

Faïza Zerouala / Médiapart

10 février 2023 à 19h12 

 

26 % des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté. « Et il est probable que ce résultat soit très largement structurel », considère l’organisme statistique du ministère de l’économie, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) qui publie ce vendredi une enquête consacrée à la pauvreté des jeunes.

Intitulée « Mesurer le niveau de vie et la pauvreté des jeunes adultes de 18 à 24 ans – Une population particulièrement confrontée à la vulnérabilité économique », cette étude tombe à pic, surtout lorsque des député·es débattent, avec une pertinence variable, de la précarité des étudiant·es comme ils l’ont fait lors de la proposition de loi des député·es socialistes (rejetée) proposant l’accès à des repas à 1 euro pour tous les étudiants, peu importe leur statut.

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Lors d’une épicerie gratuite solidaire de l’université Rennes 2 en février 2022. © Photo Martin Bertrand / Hans Lucas via AFP

Dans cette enquête, on apprend par exemple que ceux qui disposent d’un logement autonome (43 %) sont plus fragiles économiquement et, parmi eux, les sans-emploi sont les plus vulnérables, encore plus s’ils sont étudiants, « du fait de la faiblesse de leurs ressources propres et de leur dépendance aux aides familiales, s’ils n’ont pas d’emploi (au moment de l’enquête), compte tenu d’un faible accès aux aides sociales et à des revenus d’activité inconstants durant l’année ».

Calculer la précarité des jeunes reste un défi, indique la Drees qui a voulu produire une radiographie, plus fine et plus sensible. Pour ce faire, elle a compilé et interprété les données issues de l’« enquête nationale sur les ressources des jeunes » (ENRJ) réalisée en 2014.

Si les chiffres sont anciens, la Drees propose une nouvelle mesure du niveau de pauvreté des jeunes adultes en embrassant trois dimensions : monétaire, en conditions de vie et subjective. Cela permet de ne pas sous-estimer le nombre de jeunes adultes pauvres et de prendre en compte « l’hétérogénéité » de leurs ressources.

Cette enquête interroge des jeunes de 18 à 24 ans qui vivent en logement ordinaire et en logement collectif, en France métropolitaine et dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), afin de décrire le plus finement possible la diversité des ressources financières et matérielles dont ils disposent.

Dans le détail, on apprend encore que les étudiants « décohabitants », c’est-à-dire qui ne vivent plus chez leurs parents et ne peuvent plus à ce titre bénéficier de la mutualisation des dépenses, sont davantage exposés à la pauvreté monétaire. 

Par exemple, le taux de pauvreté monétaire grimpe à 40 % pour ceux qui sont étudiants et à 55 % pour ceux qui sont sortis d’études et sans emploi au moment de l’enquête. « Les risques d’exposition à la pauvreté monétaire des décohabitants s’amplifient pour les jeunes qui ne vivent pas en couple ou qui sont issus d’un milieu social modeste », écrit encore la Drees. En effet, vivre en couple permet de partager certaines dépenses et d’en alléger le poids dans le budget.

Parmi les jeunes résidant toute l’année chez leurs parents (souvent faute de pouvoir assumer un loyer), ceux sans emploi et sortis d’études ont des taux de pauvreté bien plus élevés que les autres, d’environ 31 %. Ils sont davantage fragiles lorsqu’ils sont issus d’une famille de milieu modeste, nombreuse ou monoparentale.

La précarité étudiante s’enracine et le gouvernement répond à côté

Certains jeunes adultes sont peu visibles dans les enquêtes habituelles, précise la Drees dans son étude. « Ainsi, le taux de pauvreté monétaire des jeunes (étudiants ou non) en logement collectif est de 56 %, tandis que le taux de pauvreté monétaire des jeunes en ménage ordinaire est d’environ 23 % en France métropolitaine. »

Par ailleurs, quatre jeunes sur dix se trouvent dans au moins une situation de pauvreté monétaire et/ou de pauvreté en conditions de vie. Un jeune sur dix cumule les deux formes de pauvreté. Alors que les étudiants sont nettement plus souvent en situation de pauvreté monétaire que les jeunes en emploi, ils sont quasiment autant confrontés à des privations matérielles ou sociales : 24 % des étudiants sont pauvres en conditions de vie contre 21 % des jeunes en emploi.

Le milieu social est déterminant mais pas le genre

La Drees souligne également que croiser les trois dimensions de la pauvreté permet de mettre en lumière « les vulnérabilités particulièrement importantes des jeunes sortis d’études et sans emploi », surtout chez les décohabitants.

Pour eux, les données en pauvreté monétaire et en conditions de vie se rejoignent, là où leur perception subjective se révèle plus positive, sans doute parce qu’ils considèrent leur sort comme transitoire. « Ce qui n’empêche que ces situations puissent être à risque : certains imprévus, notamment familiaux, peuvent occasionner des tournants biographiques dans la trajectoire de ces jeunes », avertit la Drees.

L’autre enseignement intéressant de cette étude concerne la dimension genrée de la pauvreté. Être une femme, pour les jeunes de 18 à 24 ans, n’entraîne pas de risques supérieurs d’être sous le seuil de pauvreté que les hommes du même âge. « L’entrée dans la vie adulte constitue une période d’instabilité économique qui touche les femmes comme les hommes : les écarts de niveau de vie selon le sexe sont encore faibles, une fois contrôlées les trajectoires éducatives, les situations professionnelle et résidentielle. »

En revanche, à situation professionnelle et autres caractéristiques données, le milieu social d’origine des jeunes joue également un rôle déterminant. Les enfants de père cadre bénéficient du niveau de vie de leurs parents et l’aide afférente. Les jeunes dont le père est ouvrier ou employé, ou les jeunes qui n’ont pas connu leur père (ou si celui-ci n’a jamais travaillé) risquent davantage de se situer sous le seuil de pauvreté. Idem pour le lieu de naissance.

Les jeunes qui ne sont pas nés en France (7 % sont dans ce cas) se retrouvent confrontés à des difficultés financières plus importantes que les natifs de France, notamment car ils sont moins éligibles aux aides sociales.

Autre originalité, l’étude s’attache à repérer les privations matérielles ou sociales des individus comme l’impossibilité pour eux d’acquérir ou de consommer certains biens, d’atteindre un certain niveau de confort ou enfin d’honorer certaines dépenses obligatoires. Lorsque le nombre de difficultés dépasse un certain seuil, la personne est considérée comme pauvre en conditions de vie. En France métropolitaine, en 2014, le taux de pauvreté en conditions de vie des jeunes adultes est de 26 %.  

Un jeune sur dix cumule les deux formes de pauvreté, monétaire et en conditions de vie

Au sein des jeunes décohabitants, les étudiants sont légèrement plus nombreux à être pauvres en conditions de vie (32 %) que ceux en emploi (28 %). De nouveau, ce sont les jeunes au chômage ou inactifs qui rencontrent le plus de difficultés (56 %).

Le taux de pauvreté en conditions de vie chez ceux qui vivent encore chez leurs parents culmine également pour les jeunes au chômage ou inactifs (33 %). Il est deux fois plus faible pour ceux qui poursuivent des études (17 %) ou qui sont en emploi (15 %).

Un jeune sur dix cumule les deux formes de pauvreté, monétaire et en conditions de vie.

La troisième approche de la pauvreté ici étudiée est l’approche dite subjective. Dans l’enquête, les jeunes adultes sont interrogés sur la perception qu’ils ont de leur situation financière.

Résultat, en 2014, en France métropolitaine, 22 % des jeunes adultes considèrent que, financièrement, ils y arrivent difficilement ou qu’ils ne peuvent pas y arriver sans contracter de dettes. Les plus fragiles étant les jeunes pauvres, au sens monétaire, au chômage, et les chômeurs ou inactifs pauvres en conditions de vie, conclut l’étude.

Faïza Zerouala

 

vendredi 10 février 2023

AVEC LES EMIRATS ARABES UNIS, LA COP28 SERA AUX MAINS DE L'INDUSTRIE PETROLIERE !

 

L’industrie pétrolière fait main basse sur la COP28

 

 Reporterre / 8.2.2023

La COP28 est déjà gangrenée par l’industrie pétrolière. Le 12 janvier, Sultan Ahmed Al Jaber, PDG d’Adnoc, principale compagnie pétrolière des Émirats arabes unis, était nommé à la présidence de la prochaine conférence sur le climat. Mais ce n’est pas tout : l’entreprise a réussi à faire entrer au moins une douzaine d’autres salariés dans l’équipe organisatrice.

C’est l’information révélée le 5 février par le journal Ouest-France, qui s’appuie sur une enquête du Centre for Climate Reporting. Cette organisation de journalisme d’investigation a épluché les comptes LinkedIn des membres de la délégation émiratie. Parmi eux, deux ingénieurs d’Adnoc agiront directement en tant que négociateurs au nom des Émirats arabes unis, qui en tant qu’hôte définit les priorités qu’il veut donner à l’événement. D’autres cadres supérieurs de la compagnie pétrolière ont été « chargés de soutenir » le rôle des Émirats arabes unis.

 

QUAND LECHYPRE/BFMTV, FACE A UN MARTINEZ SIDERE, OSE PRENDRE SES REFERENCES A VICHY (TEXTE DE... 1941) POUR APPUYER LA DERIVE MACRONISTE ANTI-RETRAITES ! EFFRAYANT !


 


 Cliquer sur l'mage et ensuite sur féminisme

QUAND MELENCHON, SUR BFM CE 9.2.2023, LAISSE SUR PLACE L'ESCOUADE DE SES POURSUIVANTS : LE MAILLOT 'MACRON' N'EST PAS AJUSTE A LEURS EPAULES... (1)

Le 9 février 2023, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de BFM TV pour l’émission « Face à BFM spécial retraites ». À cette occasion, il était interrogé par Emmanuel Lechypre,... (1)

 

(1) ... pendant que Lechypre, lui, est carrément à la ramasse, marqué par l'étape précédente (a) qui l'a vu, sournois,  pousser Martinez à la sidération pour tenter de gagner l'étape, - mais avec un autre maillot qui lui allait mieux,  celui de... l'écurie 'Vichy' cette fois, resurgie du fond d'une histoire sinistre ! Et confondre le vieux corporatisme pétainisme avec l'esprit moderne d'équipe, cela fait, vraiment, désordre : les coéquipiers n'ont pas apprécié...

A propos de sournoiserie, soulignons seulement que la palme du jour est revenue sans conteste à 'l'animateur' de l'émission, Switek, qui (de son plein gré ou... par pression de son directeur sportif ?) a cru bon, pour masquer la ligne d'arrivée, de sortir de sa casquette le fumigène déjà utilisé contre Quatennens, lors de sa reprise à l'assemblée. Mais comme celui-ci, Mélenchon s'est imposé : la liberté d'expression lui a permis de franchir brillamment la ligne, et plus, de saluer un peloton médusé !

Tous nos compliments au vainqueur !

(a)  Lire article voisin sur ce sujet (pour garder la métaphore : 'sur cette étape précédente').

J.P. C.

 

EDF : UN REVERS POUR LE POUVOIR.

 

L’Assemblée nationale vote un texte contre le « démantèlement » d’EDF, contre l’avis du gouvernement

L’Assemblée nationale a adopté jeudi 9 février en première lecture, et contre l’avis du gouvernement, un texte socialiste pour une « nationalisation » d’EDF sans risque de « démantèlement », mais aussi pour un bouclier tarifaire étendu aux artisans, notamment les boulangers.

Une vue générale de l’Assemblée nationale à Paris le 16 novembre 2022. Photo d’illustration.

À l’issue de débats électriques, l’Assemblée nationale a adopté jeudi en première lecture, et contre l’avis du gouvernement, un texte socialiste pour une « nationalisation » d’EDF sans risque de « démantèlement », mais aussi pour un bouclier tarifaire étendu aux artisans, notamment les boulangers.

Le camp présidentiel quitte l’hémicycle

Le texte du député de l’Eure Philippe Brun a été adopté avec 205 voix contre 1, au terme d’une séance houleuse entre l’opposition, unie en faveur du texte, et le camp présidentiel, ce dernier ayant quitté l’hémicycle en accusant l’un des articles de contourner la Constitution.

C’est une victoire marquante pour les socialistes, qui misaient beaucoup sur l’adoption de ce texte, qui devra désormais être étudiée par le Sénat. Il prévoit d’abord une « nationalisation » d’EDF, et ce bien que le gouvernement ait déjà lancé une offre publique d’achat pour monter à 100 % du capital du géant de l’électricité.

« Cette proposition de loi est inutile », a tenté de faire valoir le ministre Roland Lescure, craignant que son adoption fasse peser « un risque contre l’opération en cours » et « au mieux un contretemps ».

Bercy a fait valoir mercredi que l’État détenait « 95,82 % du capital », le reste de l’opération étant suspendu à une décision de la Cour d’appel de Paris sur des recours d’actionnaires.

Mais une partie de l’opposition soupçonne l’exécutif, malgré ses dénégations récurrentes, de ne pas avoir réellement renoncé à « Hercule », un projet controversé de restructuration d’EDF, impliquant la séparation des activités nucléaires, hydroélectriques et renouvelables.

« Nous ne voulons ni d’Hercule, ni d’Héraclès, quel que soit le nom » d’un projet de « démembrement » d’EDF, a soutenu le président de la commission des Finances Éric Coquerel (LFI).

Lire aussi : À une voix près, l’Assemblée refuse le repas à un euro pour tous les étudiants

Rappels au règlement, interruptions de séance…

Le texte prévoit donc de graver dans le marbre les activités de l’opérateur. « Bercy n’aura plus les mains libres. L’avenir d’EDF sera désormais discuté devant l’Assemblée nationale », a résumé le député écologiste Charles Fournier.

Les Républicains doivent-ils signer un pacte de gouvernement avec Emmanuel Macron comme le suggère Nicolas Sarkozy ?

Les rappels au règlement et interruptions de séance ont rythmé le début de séance, les députés de l’opposition accusant la majorité de faire de « l’obstruction ».

Le camp présidentiel protestait contre le maintien dans le texte d’un article pour étendre le bouclier tarifaire énergétique à davantage de bénéficiaires, et notamment les artisans-boulangers.

Ils le jugent contraire à la Constitution, car ajoutant une charge financière pour l’État, ce que les députés ne peuvent constitutionnellement pas faire.

« C’est un précédent extrêmement grave pour nos institutions », a affirmé Jean-René Cazeneuve (Renaissance).

Éric Coquerel « a bafoué l’impartialité et notre Constitution de manière à accepter un amendement qui coûterait 18 milliards d’euros », a accusé la présidente du groupe Aurore Bergé.

La mesure a été adoptée avec un amendement ajoutant que « par dérogation » au budget 2023, » les pertes de recettes collectées par les fournisseurs d’électricité ne sont pas compensées par l’État ».

 

INSULTES D'HANOUNA ENVERS LE DEPUTE BOYARD : LE MEDIA C8 (BOLLORE) TOUCHE SEVEREMENT A LA CAISSE.

Insultes d’Hanouna : C8 condamné à une amende record de 3,5 millions d’euros

La chaîne C8 a été condamnée à une amende record de 3,5 millions d’euros, après les insultes adressées par Cyril Hanouna au député Louis Boyard en novembre 2022. L’autorité régulatrice de l’audiovisuel a mis en demeure C8 pour avoir failli à son obligation de maîtrise de l’antenne.

Fabien Escalona et Pauline Graulle  / Médiapart

9 février 2023 à 19h41 

 

Jamais l’autorité régulatrice de l’audiovisuel n’avait prononcé de sanction aussi forte. La chaîne de télévision C8 devra payer une amende de 3,5 millions d’euros à la suite des insultes adressées par son animateur Cyril Hanouna à l’encontre du député Louis Boyard, le 10 novembre 2022. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a estimé, écrit-elle dans son communiqué, que les propos de l’animateur avaient « porté atteinte aux droits de l’invité, au respect de son honneur et de sa réputation ».

Le 10 novembre, dans son émission « Touche pas à mon poste », Cyril Hanouna avait qualifié le député de La France insoumise (LFI), ancien chroniqueur de son émission, de « tocard », de « merde », de « bouffon » et d’« abruti ». L’Arcom a déploré le « caractère injurieux » de ces propos ainsi que leur accumulation, « d’une particulière agressivité ». Dans sa décision, l’autorité indépendante regrette l’absence de « maîtrise de l’antenne », notant « qu’aucune personne présente en plateau » n’ait « cherché à tempérer » Cyril Hanouna « ni à modérer ses propos ».

Une deuxième décision met en demeure C8 de se conformer à l’avenir aux obligations relatives « à l’honnêteté et à l’indépendance de l’information et des programmes qui y concourent ». Une référence au refus de laisser Louis Boyard dénoncer les agissements de Vincent Bolloré, le propriétaire du groupe Canal+, en Afrique, à l’origine de l’ire de l’animateur.

En juillet 2017, C8 avait déjà été sanctionné d’une amende de 3 millions d’euros pour une séquence jugée homophobe d’une émission de Cyril Hanouna. Et en juin de la même année, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), ancêtre de l’Arcom, avait privé le programme de publicité pendant trois semaines. La chaîne, qui affichait en 2022 une perte de 47 millions d’euros, avait tenté à l'époque de faire annuler ces sanctions, déplorant leur impact financier pour le groupe dirigé par Vincent Bolloré.

Mediapart republie ci-dessous l’article « Insultes d’Hanouna : La France insoumise prise au piège de sa stratégie médiatique », initialement publié le 12 novembre 2022.

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« Espèce d’abruti », « Ferme ta gueule », « T’es un naze », « Tocard, va, allez, tais-toi ! Bouffon, va », « T’es un malade », « Tu sais que tu es dans le groupe Canal+ ici ? Qu’est-ce que tu viens foutre ici ? » Jeudi 10 novembre, sur C8, voilà comment Cyril Hanouna, animateur de « Touche pas à mon poste ! » (TPMP), s’est adressé à un élu de la nation, lui intimant de garder le silence.

La faute de Louis Boyard, élu député La France insoumise (LFI) du Val-de-Marne au mois de juin ? Avoir prononcé les mots « Bolloré » et « procès ». Suffisant pour déclencher l’ouragan et donner à voir une scène d’une violence rare dans l’histoire de la télévision – à l’issue de l’échange, le député a fini par quitter le plateau sous les huées du public. Car, sur C8, on ne parle pas ainsi du grand patron de la chaîne, proche de Cyril Hanouna, qui ne déteste rien tant que le rappel de ses démêlés judiciaires et de ses méfaits en matière de déforestation au Cameroun.  

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Le député Louis Boyard face à Cyril Hanouna, le 10 novembre 2022. © Capture d’écran C8.

« Dès que le mot “Bolloré” a été prononcé, observe la chercheuse au CNRS Claire Sécail, tous les chroniqueurs ont fait corps avec l’animateur. Ils ont affiché leur loyauté à Hanouna pendant que celui-ci affirmait la sienne vis-à-vis de Bolloré. » « Pas du tout surprise » par la séquence, celle qui dissèque le programme de C8 depuis un an y a retrouvé la mécanique générale de l’émission, « faite de confrontations agonistiques où les idées ne gagnent que rarement ». Elle convient néanmoins que cette fois-ci, Cyril Hanouna, qui devrait revenir sur le sujet dans son émission lundi, est allé « loin dans l’outrance ».

Si loin que le tollé est général. Et que depuis jeudi, c’est le branle-bas de combat dans les sphères militantes. Sur les réseaux sociaux, la réplique s’est, comme toujours chez les Insoumis, rapidement organisée. « Personne ne dit “ferme ta gueule” à un député de mon groupe. Pas même Cyril Hanouna et les laquais de Bolloré », a tweeté, vendredi, Mathilde Panot. La présidente du groupe des députés LFI a saisi l’Arcom (ex-CSA) le soir même, au nom du « respect d’un homme » et de « la garantie des libertés fondamentales dans notre pays ».

Boyard : l’électrochoc ?

De fait, jamais un parlementaire n’avait ainsi été insulté à la télévision française. Une transgression de taille, fût-elle commise par un animateur gagné depuis longtemps par l’hubris, la démesure, et accusé à plusieurs reprises de harcèlement, comme le rappelait ce portrait du Monde en avril 2021. Aurait-il osé aller si loin si Louis Boyard n’avait été auparavant son propre salarié ? Durant l’année précédant son élection comme député en juin 2022, ce dernier a en effet été embauché comme chroniqueur sur TPMP.

Un passé que l’animateur s’est fait un malin plaisir de rappeler, entre deux éructations furibondes : « Moi, je ne crache pas dans la main qui me nourrit », a-t-il lancé à son ancien employé. Le mélange des genres n’a pas laissé indifférents certains observateurs, y compris à gauche. L’eurodéputé écologiste David Cormand ne s’est pas fait prier pour pointer le fait que « participer à la politique spectacle, même pour la dénoncer, c’est de fait la soutenir » et, in fine, « faire le jeu des populistes [et] de l’extrême droite »

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a écrit sur Twitter : « Je viens de découvrir l’altercation Hanouna/Louis Boyard. Rien ne va. Pour la vedette de Bolloré [Cyril Hanouna – ndlr], tout s’achète jusqu’à la conscience des hommes. C’est la chaîne qui crée les notoriétés [en l’occurrence celle de Louis Boyard – ndlr] et donc qui fait élire. Le retour c’est de ne pas cracher dans cette main qui nourrit. »

Une critique à peine voilée de la stratégie médiatique de LFI, dont certains représentants ont eu leur rond de serviette sur des chaînes où l’on débat, sans coup férir, de l’opportunité de rétablir la peine de mort ou du « grand remplacement ». À l’inverse, d’autres commentateurs ont défendu l’importance de ne pas laisser de terrain à l’adversaire et ont même vu dans l’altercation de jeudi un moment lors duquel Cyril Hanouna a révélé au grand jour son allégeance au patron milliardaire. 

La séquence a en tout cas réveillé l’éternel dilemme : faut-il boycotter certains espaces audiovisuels, au risque de se couper d’un public inatteignable par des canaux plus traditionnels et d’abandonner ainsi la « bataille culturelle » ? Ou les investir, au risque d’en être l’« idiot utile » et d’abîmer sa crédibilité dans des arènes médiatiques extrême-droitisées ?

Où met-on le curseur ? Plus le temps passe, plus l’empire Bolloré est tentaculaire.

Coline Maigre, responsable de la presse à LFI

L’électrochoc de l’affaire Boyard a remis sur le tapis un débat jamais vraiment réglé au sein du mouvement mélenchoniste. « On est pris entre les principes et l’éthique qui nous inviteraient à ne pas aller sur ce genre d’émissions ou de médias, et une forme de pragmatisme qui consiste à ne pas laisser les citoyens qui regardent ces chaînes dans des bulles d’extrême droite sans contradiction », résume la députée Clémentine Autain. Pour sa part, elle a décidé de longue date de ne se rendre ni sur CNews, ni dans une émission de Cyril Hanouna.

David Guiraud s’est, à l’inverse, fait un nom en allant cogner contre l’extrême droite sur CNews, avant de se faire élire député de Roubaix en juin dernier. Il veut lui aussi montrer la complexité de l’équation. S’il ne plaide pas pour un boycott définitif de C8, il juge que « les insultes sur un élu requièrent une réaction du groupe parlementaire sur le temps long », et appelle « à ne pas faire comme s’il ne s’était rien passé ». 

« Mais attention à ne pas mettre le doigt dans une rhétorique qui disqualifie toute participation à des médias de masse, avertit-il. Nous avons la responsabilité d’être efficaces politiquement, alors se priver d’émissions regardées par 1,5 million de téléspectateurs qui sont aussi des classes populaires et une part de notre électorat [un tiers des téléspectateurs de Cyril Hanouna a voté pour Jean-Luc Mélenchon, et un tiers pour Marine Le Pen, à la dernière présidentielle - ndlr], c’est également problématique. »

Coline Maigre, attachée de presse de LFI, s’interroge elle aussi mais se dit contre les boycotts systématiques : « Le problème c'est : où met-on le curseur ? Plus le temps passe, plus l’empire Bolloré est tentaculaire. Les événements comme l'émission avec Louis Boyard sont d'ailleurs nécessaires pour que les gens puissent se rendre compte à quel point il s'étend. »

Entre Hanouna et LFI, une longue histoire mouvementée

Reste que le débat traverse les Insoumis davantage que les autres forces de l’union de la gauche. Mouvement jeune (créé en 2016) et contestataire, LFI a en effet toujours cherché à contourner les médias qualifiés de « mainstream » – ils sont la « deuxième peau du système », expliquait jadis Mélenchon –, pour élargir, coûte que coûte, son audience. « Les Insoumis ont trouvé dans TPMP une émission qui s’est construite dans l’hostilité à la gauche traditionnelle, à travers laquelle ils accèdent à un électorat jeune et antisystème », confirme Claire Sécail.

Ce n’est donc pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon est le premier homme politique d’envergure à se rendre chez Cyril Hanouna en 2013. « Cette émission existe grâce à vous, a même rappelé le présentateur en janvier dernier. Vous avez été un des premiers à venir. » Pas un hasard non plus si, neuf ans plus tard, toujours avide d’ouvrir de nouveaux espaces de parole, l’Insoumis intervient dans une vidéo de l’influenceuse controversée Magali Berdah, dite « la papesse de la téléréalité », afin de « parler de politique autrement » pendant la présidentielle.

Plus généralement, les « orateurs » (porte-parole) du mouvement se sont, ces dernières années, régulièrement affichés dans des médias de droite, voire d’extrême droite. Comme Alexis Corbière qui, en janvier 2019, donne une interview à Valeurs actuelles, créant le malaise en interne. Il ne réitérera pas l’expérience.

Car la stratégie médiatique du mouvement a varié au gré des circonstances. À l’automne 2019, LFI publie ainsi un communiqué indiquant qu’« aucun orateur » ne se rendra désormais sur CNews tant qu’Éric Zemmour, qui vient de lancer un appel à la guerre civile lors de sa « convention de la droite », y sera employé. « Nous considérons que l’audience ne doit pas primer sur la décence et que le fric ne doit pas primer sur l’éthique », indique alors le mouvement.

Les bonnes résolutions ne dureront qu’un temps. D’autant qu’au même moment, une figure bien connue de LFI, Raquel Garrido, commence à officier en tant que chroniqueuse permanente dans l’émission « Balance ton poste ! » de son « ami » Cyril Hanouna, sur C8, la chaîne sœur de CNews. 

Semaine après semaine, la militante de gauche se heurte pourtant à l’hostilité croissante de l’écosystème Hanouna. Jusqu’à la rupture pour cause de mésentente avec le chroniqueur Éric Naulleau, que Raquel Garrido accuse de « harcèlement » envers elle. « Il y a quelque chose de toxique » dans cette émission, lancera-t-elle sur le plateau de TPMP en octobre 2021, lors d’une pseudo-séance d’explication organisée en direct avec l’essayiste proche d’Éric Zemmour. Une séquence télévisuelle qui virera, une fois encore, à l’humiliation publique pour la chroniqueuse.

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Curieusement, cette mauvaise expérience d’une proche du premier cercle de Jean-Luc Mélenchon ne met pas un terme aux collaborations du mouvement avec Cyril Hanouna. Et l’Insoumis, qui prend pourtant soin de ne se rendre ni sur CNews ni sur Europe 1 (deux chaînes du groupe Bolloré) durant sa campagne – il ne viendra pas non plus sur Mediapart, voir nos explications au début de cette émission –, revient sur C8. D’abord dans l’émission « Balance ton poste ! », en février 2021. Puis un an plus tard, à l’occasion de sa campagne présidentielle, pour « parler aux jeunes ».

Le 27 janvier 2022, trois mois avant le 1er tour, il est ainsi l’invité de « Face à Baba » (alias Cyril Hanouna), émission durant laquelle Raquel Garrido apparaît souriante dans le public. Mais la soirée est un nouveau guêpier pour les Insoumis. Dans une ambiance « glauque », dixit une accompagnatrice, l’émission vire à la catastrophe sous la houlette d’un Cyril Hanouna recherchant frénétiquement le « buzz » et qui laisse à Éric Zemmour, qui fait face à Mélenchon, deux fois plus de temps que prévu autour de la table. 

Un mauvais souvenir qui, là encore, ne découragera néanmoins pas les Insoumis de se presser régulièrement sur le plateau de TPMP les mois suivants. La semaine dernière, c’est ainsi à Cyril Hanouna que la direction du parti réserve la primeur de la réaction de Carlos Martens Bilongo, après les propos xénophobes d’un député du Rassemblement national à l’Assemblée (voir ici). Il vient alors accompagné de Mathilde Panot et de David Guiraud. « Il fallait frapper fort », justifie ce dernier.

Mais beaucoup à gauche, y compris au sein de LFI, sont moins convaincus : la quête à tout crin de l’audimat en vaut-elle la chandelle ? L’émission intervient, qui plus est, quelques jours après que Cyril Hanouna a surfé sur le meurtre de la petite Lola, prônant, devant les téléspectateurs et téléspectatrices, une justice expéditive, enjoignant au ministre de l’intérieur Gérald Darmanin de piétiner l’État de droit, et fêtant éhontément le pic d’audience généré par l’émission consacrée à ce sordide fait divers.

Un dispositif impossible à subvertir ? 

Les déconvenues du passé, et le sort fait à Louis Boyard jeudi, ont peut-être enfin rebattu les cartes. Pour Claire Sécail, la stratégie employée par LFI – privilégier l’audience à la qualité de l’émission – a en tout cas du plomb dans l’aile. Quant à la participation des Insoumis à l’émission de Cyril Hanouna, elle juge le pari perdant sur toute la ligne. 

« Ce n’est pas parce qu’un invité serait “fort en gueule” que sa parole individuelle peut s’imposer, observe la chercheuse. C’est Hanouna le chef d’orchestre, et il n’hésite pas à interrompre la dynamique d’un échange. Il est quasiment impossible d’imposer son propre agenda quand les plateaux sont construits autour de la thématique de l’adversaire, les Insoumis étant souvent placés en situation de “match” face à des partisans d’Éric Zemmour ou des identitaires. » 

Dans une étude récente sur la couverture de la campagne présidentielle par la chaîne C8 et son émission phare TPMP (accessible librement ici), Claire Sécail pointe par ailleurs des inégalités manifestes de traitement entre candidats et forces politiques, en dépit des règles existantes sur les temps de parole. D’après ses résultats, l’extrême droite a été nettement favorisée, tandis que « Jean-Luc Mélenchon a fait l’objet d’un traitement particulièrement désavantageux ». Autant de signes d’un « pluralisme dévoyé », selon la chercheuse. 

« Media Crash » : le « modèle populiste pur » de Cyril Hanouna

Faut-il donc s’inscrire dans cet univers hostile à la parole progressiste, où les invectives et la dérision peuvent disqualifier à tout moment un raisonnement ? Où, dans un relativisme total, affects personnels et préjugés peuvent être déclarés vainqueurs par la simple invocation du « bon sens » ou de la loi du plus fort – en l’occurrence celle de l’animateur ?

La question est désormais posée à LFI. Mais aussi au reste de l’échiquier politique, comme à la Macronie, qui entretient, via notamment la ministre Marlène Schiappa (voir notre documentaire Media Crash), des relations étroites avec Cyril Hanouna. 

En attendant, Louis Boyard a annoncé la tenue d’une conférence de presse, lundi, à l’Assemblée nationale. Il y annoncera son intention d’ouvrir une commission d'enquête parlementaire « pour mesurer les ingérences de Vincent Bolloré sur les médias qu’il possède ». Et évoquera, sans doute, la proposition de loi visant à mettre fin à la concentration des médias que ses collègues insoumises Clémentine Autain et Sarah Legrain défendront lors de la prochaine niche parlementaire, fin novembre, dans l’hémicycle.

Une loi qui consisterait à rendre du pouvoir aux sociétés de rédacteurs, à limiter l’accès d’un actionnaire au capital des grands médias et à interdire toute prise de contrôle de plus de 20 % dans les médias significatifs. S’il n’a, pour l’heure, aucune chance d’être voté, le texte semble pourtant d’une criante actualité.

Fabien Escalona et Pauline Graulle

 

 

" ENTRE LA PRECARITE ETIDIANTE ET LES RICHES, LA MACRONIE A FAIT SON CHOIX " (LOUIS BOYARD, DEPUTE LFI).

 

À une voix près, l’Assemblée refuse le repas à un euro pour tous les étudiants

Le Parti socialiste proposait ce jeudi 9 février à l’Assemblée nationale le repas à un euro pour tous les étudiants. Mais après un scrutin très serré, qui s’est joué à une seule voix, l’Assemblée nationale, via les voix de la droite et de la majorité présidentielle, a refusé la généralisation de ce dispositif.

Des étudiants mangeant au Crous de l’Université de Corse, à Corte, le 9 septembre 2022. Photo d’illustration.
Des étudiants mangeant au Crous de l’Université de Corse, à Corte, le 9 septembre 2022. Photo d’illustration. | PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

À une voix près à l’Assemblée nationale, tous les étudiants de France auraient pu bénéficier de repas à un euro. Alors que le Parti socialiste avait proposé ce 9 février, dans le cadre de sa niche parlementaire (un moment où un parti peut proposer son ordre du jour dans l’hémicycle), la généralisation du dispositif du repas à un euro pour les étudiants, les députés ont voté contre.

Sur 371 votants, 183 députés ont voté pour et 184 ont voté contre. Dans le détail, les partis de gauche de la Nupes ainsi que le Rassemblement National ont voté en faveur du dispositif, alors que la majorité Renaissance-Modem-Horizons et Les Républicains s’y sont opposés, selon la liste des votants publiée sur le site de l’Assemblée nationale.

Lire aussi : TÉMOIGNAGE. « Sans le Resto universitaire à 1 €, je ne sais pas comment je mangerais »

Le gouvernement a dit souhaiter « aider celles et ceux qui en ont le plus besoin »

Alors que la mesure est actuellement limitée aux étudiants boursiers et précaires, la proposition de loi prévoyait, dans sa rédaction d’origine, « un plafond fixé à un euro par repas pour la tarification des repas servis dans les sites de restauration des Crous ».

Lors des débats à l’Assemblée ce 9 février, Fatiha Keloua-Hachi, députée socialiste à l’origine de cette proposition, a expliqué que la situation actuelle n’était « pas suffisante » et que ce tarif de 1 € n’était pas inscrit dans la loi. « 18 % des étudiants ne mangent pas à leur faim », a-t-elle rappelé à la tribune de l’hémicycle.

Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur a rappelé les dispositifs mis en place par le gouvernement pour les étudiants les plus pauvres et a affirmé à l’Assemblée qu’elle était favorable au repas à un euro, mais juste pour les étudiants précaires et boursiers, afin « d’aider celles et ceux qui en ont le plus besoin ».

Au sein de l’hémicycle, l’annonce du résultat du vote a suscité l’indignation de plusieurs députés. « Il a manqué une voix. Une voix pour aider des millions d’étudiants à se nourrir au quotidien. Entre la précarité étudiante et les riches, la Macronie a fait son choix », a par exemple déploré le député LFI Louis Boyard sur Twitter.

 

LA CIMADE DENONCE : "TOUT EST FAIT POUR QUE LES DRAMES CONTINUENT A NOS FRONTIERES ET SUR NOTRE SOL"./ DARMANIN SAURA POURSUIVRE CET ENTÊTEMENT INDIGNE !

Projet de loi asile et immigration : « nous n’avons pas besoin de ce énième texte répressif. Nous avons besoin de justice, d’égalité et de solidarité ! »

Le 1er février a été présenté en conseil des ministres le énième projet de loi asile et immigration. A nouveau et comme nous le prévoyions ce texte ne répondra pas à la détresse des personnes étrangères et s’emploiera à les plonger encore davantage dans une vie aux conditions inhumaines. Sans surprise le texte ne parlera pas des dizaines de milliers de personnes mortes ces dernières années aux portes de l’Europe sur les routes de l’exil, dont certaines à nos propres frontières. Il ne mentionnera pas les égarements des préfectures qui, hors de tout discernement, décident l’enfermement de personnes en besoin de soins, la délivrance d’OQTF à des personnes syriennes, afghanes, iraniennes… ou encore l’exécution d’expulsions hors de tout cadre légal . Rien non plus sur la nécessité de défendre les idées d’hospitalité et de solidarité, à l’heure où l’extrême-droite est à l’offensive pour faire échouer comme à Callac des projets d’accueil de personnes exilées. Ni rien sur l’importance d’affirmer haut et fort le respect du droit d’asile au moment où l’inacceptable projet britannique d’externalisation au Rwanda marque le débat européen.


Malheureusement c’est confirmé, telle ne sera pas la tonalité du discours gouvernemental autour du projet de loi, ni les grands éléments de son contenu. Il est dramatique de voir à quel point, pour trouver une majorité politique permettant l’adoption du texte, la surenchère est déjà de mise. Obsession pour l’enfermement, les expulsions, stigmatisation des personnes étrangères à travers l’assimilation immigration/délinquance, assurance que la timide ouverture proposée autour des régularisations sur les métiers en tension restera bien marginale… Tout est fait pour que la spirale de la restriction des droits des personnes exilées se poursuive, que les drames continuent à nos frontières et sur notre sol, que les idées d’extrême-droite, que l’on prétend combattre en y répondant sur leur propre terrain, soient au final renforcées. Nous n’avons pas besoin de ce énième texte répressif. Nous avons besoin de justice, d’égalité et de solidarité. Nous avons besoin de hauteur de vue, d’exigence éthique et de courage face aux peurs, pour reconnaître et expliquer les migrations comme composante essentielle de notre monde, pour affirmer qu’il n’y a pas de « en même temps » qui tienne en matière de droits humains, mais un nécessaire respect qui n’est pas négociable.


La Cimade avec l'ensemble de ses partenaires sera pleinement au rendez-vous du plaidoyer et de la mobilisation contre ce projet de loi.
Mobilisons-nous pour faire vivre ces convictions et montrer que d’autres politiques migratoires sont possibles !


Fanélie Carrey-Conte, secrétaire générale de La Cimade.



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