Énergie : Macron opte pour la sobriété démocratique
Face à la crise énergétique, le président de la République a choisi de renouer avec son outil de pilotage privilégié : le Conseil de défense. Il pourra ainsi de nouveau élaborer ses décisions à huis clos et en toute opacité, au mépris du débat et de la concertation.
La situation est exceptionnelle. Elle mérite donc un format exceptionnel, arguent les soutiens du chef de l’État. « Il s’agit des intérêts vitaux du pays et des Français », indique une source de l’exécutif à France Info pour justifier le recours à cet outil de pilotage. Après tout, on ne peut décemment pas aborder « la fin de l’insouciance » comme on le ferait de n’importe quel autre sujet. Pourtant, à y regarder de plus près, cette annonce ressemble surtout à une mauvaise plaisanterie.
D’abord et avant tout parce qu’elle intervient quelques jours seulement avant le lancement, le 8 septembre, du fameux – et non moins obscur – « Conseil national de la refondation » censé incarner la « nouvelle méthode » de gouvernance promise par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle – ce moment, certes furtif, où il assurait vouloir accorder davantage de place à la démocratie citoyenne. « Les Français sont fatigués des réformes qui viennent d’en haut », faisait encore valoir l’intéressé avant les législatives.
Le résultat de ces dernières avait d’ailleurs confirmé cette intuition en offrant au président de la République une majorité relative à l’Assemblée nationale. Une façon de lui rappeler que le débat démocratique n’est pas un gros mot. « J’entends et suis décidé à prendre en charge la volonté de changement que le pays a clairement exprimée », avait-il affirmé à l’issue du scrutin, évoquant sa volonté de bâtir « des compromis nouveaux dans le dialogue, l’écoute, le respect », mais aussi « le dialogue, le compromis, le travail collectif » – oui, il avait beaucoup insisté –, « en toute transparence, à ciel ouvert si je puis dire ». Il pouvait.
Il aurait aussi pu traduire cette allocution pleine de bonnes intentions en actes, en évitant, par exemple, de se précipiter dès la rentrée sur l’outil « Conseil de défense », dont l’opacité n’est plus à prouver depuis la crise sanitaire. À la différence du Conseil des ministres, ce format à huis clos ne donne lieu à aucun compte rendu et ses participants sont soumis au secret-défense. Pour celui qui n’a jamais goûté l’idée de dévoiler les arrière-cuisines de sa prise de décision, on frôle ici la perfection.
L’impossible cohésion
Pour les amateurs de discussions, en revanche, le recours systématique à cette instance devient franchement pénible – pour ne pas dire catastrophique dans un pays où l’extrême droite, première bénéficiaire de l’affaissement démocratique, n’a jamais été aussi puissante. Les parlementaires de tous bords ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, à l’image de la patronne des député·es La France insoumise (LFI) Mathilde Panot, du sénateur Les Républicains (LR) Alain Houpert ou de sa collègue socialiste Marie-Pierre de la Gontrie, qui ont dénoncé d’une seule voix l’initiative.
On comprend aujourd’hui la raison pour laquelle Emmanuel Macron a pris soin de dramatiser sa première prise de parole de la rentrée ; pourquoi il avait appelé, le 14 juillet, à « la mobilisation générale » ; pourquoi il avait demandé à chacun, un mois plus tard, d’« accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs ». Il fallait évidemment changer de registre pour changer d’outil. « Nous sommes en guerre », avait-il martelé au printemps 2020. « Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance », dit-il à présent.
Devant le patronat, Élisabeth Borne fait vœu de « sobriété »Faisant fi de sa 158e promesse de « réinvention » et de « changement de méthode » – on ne s’en étonne plus depuis quelques années –, le président de la République entame donc son second quinquennat comme il avait achevé le premier. Si l’on dépasse le sujet de sa seule personne, le problème reste entier : la politique énergétique, comme la politique sanitaire du reste, voire la décision publique de façon générale, nécessite de créer de la cohésion. Elle ne peut souffrir une gestion opaque et expéditive, sans ajouter de la crise à la crise.
Quand bien même l’entourage du chef de l’État tente de banaliser les conseils de défense depuis 2020 – à l’époque, Christophe Castaner les avait même qualifiés de simples « réunions de travail » –, ce format devrait rester exceptionnel, ne serait-ce que parce qu’il permet d’écarter le Parlement de l’élaboration de décisions majeures. Or c’est précisément ce que les Français·es qui se sont exprimé·es dans les urnes en juin dernier souhaitaient éviter : cinq années supplémentaires d’une hyperprésidence solitaire, sans concertations ni concessions. Sans équilibre des pouvoirs.
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