dimanche 9 décembre 2018

CE N'EST PAS DU COMPLOTISME !

La veritable origine de la dette : les intérêts exigés par les banques privées.

A AVRANCHES SAMEDI

400 personnes à la Marche pour le climat à Avranches samedi 8 décembre 2018
compte-rendu et vidéo des principaux moments de la manifestation : RDV place Patton, descente de la rue de la Constitution, prises de parole à l'Hôtel de ville ....

LA PAROLE AUX GILETS JAUNES NORMANDS

Emission spéciale “La crise des gilets jaunes en Normandie”

"La crise des gilets jaunes" thème d'un numéro spécial de "Dimanche En Politique", le magazine des rédactions de France 3 Normandie / © France 3
"La crise des gilets jaunes" thème d'un numéro spécial de "Dimanche En Politique", le magazine des rédactions de France 3 Normandie / © France 3
 
 
Emission spéciale ce dimanche 9 décembre à 10h50.  Dimanche En Politique revient sur ces trois semaines de mobilisation des gilets jaunes en Normandie et vous donne la parole pour comprendre l’origine du mouvement des gilets jaunes. Témoignages...
Par Olivier Couvreur et Richard Plumet
Depuis plusieurs semaines, l'ensemble du réseau France 3 relaie votre ressenti sur le mouvement des gilets jaunes dans ses éditions d'information ou sur ses réseaux sociaux. Dimanche 9 décembre à 10h50, dans une émission Dimanche En Politique spéciale "Crise des gilets jaunes", nous vous donnons la parole pour comprendre l’origine du mouvement.
 

Dimanche en Politique. Le 9 décembre, émission spéciale "La crise des gilets jaunes" 

Trois semaines après le lancement du mouvement des gilets jaunes en France, la contestation ne faiblit pas et les manifestants semblent plus déterminés que jamais.
Sur le plateau de France 3 Normandie, autour d'Emilie Leconte et Franck Besnier : des représentants des gilets jaunes et des acteurs de la vie économique et politique de notre région.

 VIDEO : le replay de l'émission 
Emission spéciale gilets jaunes en Normandie
"Dimanche En Politique" du 9 décembre 2018


Vers une nouvelle forme de démocratie ?

Cette émission spéciale a été l'occasion d'un riche et franc échange entre gilets jaunes et élus.  Consensus ? Oui quand il est question de faire la différence entre casseurs et gilets jaunes. Accord, encore, un peu plus tard quant à la nécessité de sortir de cette crise.
Député de la 2e circonscription de l'Orne l'élue LR Véronique Louwagie, après avoir rendu hommage aux forces de l'ordre, a évoqué l'évolution du mouvement :
Sur cette semaine, nous avons vécu finalement une situation différente puisque une ouverture a été donnée par le gouvernement et le président de la République. Maintenant il faut sortir de la crise. Il va y avoir une intervention du président de la République demain. Mais là encore il faut que ce soit clair. Que veulent les gilets jaunes ? Une réponse à une vraie injustice fiscale, sociale et territoriale.
Les trois…

Une déclaration d'Emmanuel Macron, après tant de jours de silence ? Député LREM de l'Eure, Fabien Gouttefarde en a précisé l'importance, l'enjeu après les entretiens entre gilets jaunes et Edouard Philippe :
Le président de la République, qui n'est pas qu'une personne mais aussi une institution doit être protégé : on met en avant le Premier ministre. Donc le temps de cette prise de parole doit être dans un moment où on a un peu de hauteur sur les choses pour qu'en fait les annonces qui vont être faites soient effectivement fortes et puissantes.
Je pense que le président de la République doit, comme pendant la campagne, retourner la table, doit renverser la table !



Kévin, un représentant des gilets jaunes présent sur le plateau, assis en face de ces deux élus de la République, a rappelé, qu'après avoir crié dans le désert, le monde politique, et à commencer par le président  de la République, doit prendre en compte les raisons de cette mobilisation :
Les revendications des gilets jaunes il y en a de toutes les sortes, un petit peu partout, c'est ce qui fait un peu le problème de la structuration du mouvement, mais je pense qu'aujourd'hui, très sincèrement, il faut revenir, si on prend l'étymologie de la démocratie, il faut redonner un peu de pouvoir au peuple. Il y a plusieurs possibilités comme le référendum d'initiative citoyenne, mais il faut que le peuple retrouve sa place au niveau des décisions politiques !


Un décalage, une incompréhension entre population et élus ? C'est ce qui a été exprimé par Natacha, gilet jaune en milieu rural, présente au rond-point de Mauquenchy en Seine-Maritime :
Je travaille et pourtant j'arrive pas à boucler les fins de mois. Je suis dans la précarité avec des contrats d'un an. Je représente évidemment toute ma catégorie sociale mais aussi les retraités et tous ceux qui n'y arrivent plus : on étouffe ! Et pourtant ça veut pas dire qu'on n'est pas prêts à faire des efforts mais on veut un référendum ! On veut pouvoir être entendus ! Etre représentés réellement.
Les politiques ils sont bien trop longs à nous répondre et lorsqu'ils parlent malheureusement c'est que de la provocation. C'est pour ça que le mouvement continue et qu'on est toujours dans la rue !


Comment expliquer cette critique si sévère des "politiques" (élus, partis et institutions) ? Le sociologue Frédéric Neyrat, de l'université de Rouen, a son analyse :
Je crois que face à la crise des gilets jaunes, crise considérée au départ comme très conjoncturelle. le gouvernement a commis beaucoup d'erreurs. Mais ce que cette crise révèle c'est effectivement  la coupure d'une grande partie de la population avec les élites et avec le gouvernement. Il faut rappeler un un certain nombre de déclarations, maladroites, d'Emmanuel Macron, qui sont des formes de mépris social  

Comment réconcilier les citoyens avec la démocratie ? Fabien Gouttefarde, député LREM de l'Eure, admet que les véritables solutions à cette crise passent par la concertation et constate que l'évolution du mouvement des gilets jaunes a un point positif puisque les gens commencent à faire de la politique, à se réapproprier la politique :
Moi j'aime rappeler régulièrement aux gens, par une formule peut-être un peu compliquée, que faire de la politique c'est vouloir les conséquences de ce que l'on veut.

Reste à organiser le dialogue entre gilets jaunes et élus et à imaginer des moyens de sortie de crise en entamant, comme l'a souhaité en fin d'émission le gilet jaune Kevin, des négociations et des discussions...

  

Vos témoignages


Nous vous remercions d'ailleurs d'avoir fait cette démarche de répondre à nos questions sur Facebook, Twitter ou à travers notre article. Nous avons lu vos commentaires et les avons compilés dans cet article que nous compléterons avec vos nouvelles réactions. Voici ce que vous pensez de cette crise des gilets jaunes en Normandie.

Quelle est votre urgence, à vous  ? 

Vivre dignement sans être à découvert tous les mois... Les Nantis s'enrichissent, les pauvres s'appauvrissent, et nous, la classe moyenne avec 800 € par mois, on paie, on paie, sans relâche...
Monique Guillemard, Le Havre
L'augmentation du pouvoir d'achat revient dans de nombreux témoignages. C'est ce que souhaitent Estelle L'Ostelier, de Petit Couronne ou encore Eric Maubert, de Herouvillette. Il faut "redonner du pouvoir d'achat et taxer la finance" précise Mady Renouf, de Quettehou. A Yvetot, Ghislaine Delabarre souffre de ce manque d'argent : "étant retraitée je touche 830 euros par mois et j'ai 195 euros de loyer", explique-t-elle. A l'autre bout de la Normandie, Eric Schneider (Cherbourg) souhaiterait "ne pas être à découvert le 20 de chaque mois avec ce que cela comporte comme pénalités". Depuis BayeuxThierry Richer nous écrit que le plus urgent pour lui est "l'augmentation du SMIC".
Pour Nicole Venem, du Havre, ce qui est urgent, c'est d'avoir "une véritable répartition des richesses produites par le travail".  Enfin, Stephens Crepin, qui habite Vernon, cible "le bonheur".

Qu’est ce qui vous a fait revêtir un gilet jaune ? 

À bas les privilèges des nouveaux aristocrates !! On demande toujours des efforts à la classe moyenne, celle qui travaille, qui produit, qui créée les richesses du pays et où va l'argent de ce travail ?
Nicole Venem, Le Havre
L'attitude du président Emmanuel Macron est au centre des critiques. "Il faut que le président respecte les français !" explique Gaby Bertrand, habitant à Léry. Ce qui l'a fait revêtir un gilet jaune ? "Sa vision des Français et sa manière de nous mépriser". Impression similaire chez la havraise Monique Guillemard qui évoque "le ROI dans sa tour d'ivoire, avec tous les privilèges lui incombent, lui, et sa cour de ministres"
On ne nous écoute pas en Province, on nous oublie ! Mais la France et Paris... sans les provinces c'est rien
​​​Jacques Heuzé, Saint-Hilaire-du-Harcouët

Stephens Crepin est quand à lui "Écœuré de la politique «Faites ce que je dit, pas ce que je fait», écœuré aussi des taxes, des impôts non équitables, des conflits d'intérêts, du mépris et de l'arrogance". Le "Il suffit de traverser la rue pour trouver du travail" ne passe pas ! Pour Mady Renouf, c'est "L'injustice sociale et l'impression de ne pas exister" qui lui fait soutenir la mobilisation. L'impression d'abandon est aussi un élément déclencheur.

Sur notre page Facebook, Paul Beaugrand en veut au Chef de l'État pour son manque de vision "à moyen et long terme". "Nous n’avons aucune vision de la politique de Macron à moyen et long terme. On a l’impression que le gouvernement navigue à vue. Alors que Macron donne des leçons à toute la planète nous n’avons aucune politique écologique à terme"


Qu’est ce qui vous redonne(rait) de l’espoir  ?

Un sens commun pour la France, une vraie ligne politico-ecologique basée sur l'économie locale. Ça réduirait l'ensemble des coûts de tout et remettrait l'humain au centre des préoccupations de l'État
Maxime Plet, Caen.
Là encore, Emmanuel Macron est directement pointé du doigt. "Qu'il démissionne ! Et qu'enfin un président digne de se nom soit élu !" s'exclame Gaby Bertrand. "Il ne nous manquera nullement", complète Monique Guillemard, du Havre. "Il ont suffisamment d'argent lui et ses sbires pour vivre heureux sans travailler, ce qui, hélas, n'est pas et ne sera jamais mon cas."
Illona, de Dieppe, souhaiterait que "le président réagisse, qu'il se rende compte que le peuple souffre". Julie Sichet, de Louviers, pense qu'il faudrait "revoir les barèmes des aides sociales, baisser les taxes et rétablir l'impôt sur la fortune". 
Que ceux qui se lèvent pour travailler soient payés a leur juste valeur. C'est nous qui faisons marcher le pays !
Thierry Richer, Bayeux
Autres propos rapportés qui donneraient espoir aux Normands : une "reconnaissance de nos besoins et de notre existence", "un pouvoir décisionnel plus important pour le peuple""une politique nettement engagée sur des problématiques environnementales", mais aussi "plus de transparence et fini la justice à deux vitesses"
Stop au système pyramidal et vive une gouvernance par une assemblée représentative de tous les français (voir proposition du "vote blanc")
Nicole Venem, Le Havre

Que les politiques redonnent un sens au mot "égalité" ! On nous dit que les taxes sont les recettes pour subvenir aux dépenses du pays ? Oui c'est évident. Alors que ces dépenses soient égales et que l'on arrête les dépenses somptuaires, les privilèges indécents. On ne peut pas demander aux citoyens de faire des sacrifices alors qu'ils roulent sur l'or et dépensent à tout va.
Claire Dubois, Rouen


En qui pouvez vous avoir confiance pour trouver des solutions ? 

Difficile à dire. Qui est vraiment sincère et honnête ?
Nicole Grof, Montebourg
La majorité des réponses reçues à cette question montre une vraie fracture entre les élus et le peuple. "Je ne sais plus car tous nos politiques ont intérêt à ce que ces privilèges perdurent" pense ainsi Isabelle Georgette, de Rauville-la-Bigot. Benoit Lecouturier, de Trelly, a confiance en "[S]es amis les gilets jaunes". De son côté, Aurelie Lecanu​​​​​​, de Rouen, opterait pour "un collectif citoyen, mais pas de politiques". Enfin, Éric Maubert ou Julie Sichet sont assez pessimistes et pensent ne pouvoir faire confiance "en personne". Sur Facebook, Bernadete Viaud, 67 ans, a le même avis : "Le problème est tout ce monde politique !!!!! [...] Tous corrompu tous menteurs, de belles paroles sans résultats. Le pire est Macron une anomalie du système"

Violences : la fin justifie-t-elle les moyens ?

À force de ne pas être écouté, de ne pas se sentir respecté, la colère grimpe.
Thierry Richer, Bayeux
À cette question de savoir si la fin justifie les moyens, les avis sont tranchés. "Non mais malheureusement mai 68, la révolution.. ont démontré le contraire", écrit Stephens Crepin (Vernon). "Non c'est inadmissible", pense Ghislaine Delabarre (Yvetot). Même avis pour Isabelle Georgette (Rauville-la-Bigot), "mais elle suis l'indifférence du pouvoir". Nicole Venem (Le Havre) développe : "Non... Mais elle n'est que l'expression de l'exaspération et la réaction notre gouvernance "rouleau compresseur" qui nous demande toujours plus d'effort tout en vivant dans un luxe inouï avec NOTRE argent". "Le président est le seul responsable de cette violence. Je suis contre la violence mais s'il avait réagi plus tôt nous n'en serions pas là." s'insurge Illona (Dieppe).
Malheureusement on nous a enlevé aussi le sens de la "fraternité".
Pour Jacques Heuzé, cette violence est nécessaire. "car c'est le seul moyen de se faire entendre". Pour Claire Dubois (Rouen), en revanche, "la violence ne fait qu'aveugler tout raisonnement constructif. Mais malheureusement on nous a enlevé aussi le sens de la "fraternité". Il faut retrouver nos valeurs et pour ça il faut comprendre et vite ce qu'est un citoyen et son rôle primordial au sein de la société", nous écrit-elle.

Vous souhaitez réagir ? répondre à ces questions ? C'est par ici...

LE SOULEVEMENT DES GILETS JAUNES DANS "L'HISTOIRE POPULAIRE DE LA FRANCE".

"Ce qui se passe n'est pas surprenant" : comment les "gilets jaunes" s'inscrivent dans l’histoire des révoltes populaires

Selon l'historien Gérard Noiriel, "la France, en tant qu'Etat, s'est construite autour de l'impôt", ce qui a suscité dès le début des révoltes des classes populaires.
Un membre des \"gilets jaunes\" compare Emmanuel Macron à Louis XVI et les manifestations actuelles à la Révolution française, samedi 1er décembre, à Paris.
Un membre des "gilets jaunes" compare Emmanuel Macron à Louis XVI et les manifestations actuelles à la Révolution française, samedi 1er décembre, à Paris. (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO)
Cela va-t-il suffire à éteindre la fronde ? Mercredi 5 décembre, Emmanuel Macron a annoncé que la hausse des taxes sur les carburants, prévue à partir du 1er janvier 2019, était "annulée", purement et simplement. Le gouvernement n'a finalement pas pu "tenir le cap" après trois semaines de blocages des "gilets jauneset de violences, notamment le 1er décembre à Paris. De quelle façon ce soulèvement s'inscrit-il dans l'histoire des révoltes populaires en France, alors que des manifestants dénoncent une dérive "monarchique" dans la présidence d'Emmanuel Macron ? Entretien avec l'historien Gérard Noiriel, auteur d'Une histoire populaire de la France.

Franceinfo : Le mouvement des "gilets jaunes" est né pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant. Ce mouvement anti-taxes s'inscrit-il dans une longue tradition ?
Gérard Noiriel : Oui. Dans mon Histoire populaire de la France, j'ai montré que la France, en tant qu'Etat, s'est construite autour de l'impôt. Vous ne pouvez pas avoir d'Etat sans prélèvement d'impôts, ne serait-ce que pour payer les soldats ou la police. Dès que ce système se met en place, à l'époque de Jeanne d'Arc, on voit les paysans se révolter contre l'impôt royal. Ils se révoltent aussi contre ceux prélevés par les seigneurs ou par les curés qui prennent la dîme.
Sous l'Ancien régime, ces révoltes peuvent prendre de l'ampleur, mais elles restent localisées, parce qu'elles passent par le bouche-à-oreille, et qu'elles sont durement réprimées. On va changer de dimension en 1789. Le roi Louis XVI convoque les Etats généraux parce que les caisses sont vides, et les cahiers de doléances [recueillies et rédigées pour l'occasion] vont exprimer de fortes revendications fiscales contre un système inégal. Les nobles, qui étaient les plus riches, ne payaient pas d'impôts tandis que l'impôt pesait constamment sur les plus pauvres.

Ce mécontentement fiscal va déboucher sur la Révolution ?
En 1789, les révoltes populaires vont s'articuler à une forme de contestation plus large, impulsées par les élites bourgeoises qui ont lu Rousseau, Voltaire ou Diderot, ce qui conduit à une radicalisation et une généralisation du mouvement imputable aux élites instruites. Celles-ci vont bouleverser le système politique en proposant la suppression de l'Ancien régime et des inégalités, notamment fiscales. C'est pourquoi la Déclaration des droits de l'homme de 1789 comporte un article très important : l'article 14.
Le texte dit que le consentement à l'impôt est une dimension de la citoyenneté, et que tous les citoyens doivent savoir ce qu'on fait de cet impôt : "Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée." Avec le temps, on a perdu le souvenir de ce principe de base. Cette dimension explique aussi la révolte actuelle des "gilets jaunes" : les taxes augmentent alors que la suppression de l'ISF a provoqué un sentiment d'injustice fiscale. Les classes populaires se manifestent pour exprimer les souffrances qu'elles ressentent.

Quel est le bilan des grands mouvements sociaux dans l'histoire de France ?
Ils sont suivis de réactions conservatrices, mais ils laissent des acquis. En 1789, l'Ancien régime est renversé. Mais la contradiction qui se développe entre une révolution bourgeoise et une révolution populaire – entre les Girondins et les Jacobins, si vous voulez – va aboutir à la défaite de ceux qui étaient les plus proches des classes populaires, c'est-à-dire à la défaite de Robespierre [arrêté et guillotiné le 28 juillet 1794], et à la reprise du pouvoir par la bourgeoisie. La bourgeoisie va se tourner vers Napoléon, donc vers l'armée, pour liquider le mouvement des sans-culottes. Cette liquidation de la Révolution ne revient pas à l'Ancien régime, mais va finir par aboutir au régime dans lequel on vit aujourd'hui : une démocratie bourgeoise.
Même chose après février 1848 : dès le mois de juin, les ouvriers qui ont fait la révolution sont fusillés et on retombe dans un régime conservateur, le Second empire [de 1852 à 1870]. Mais le suffrage universel masculin, qui est l'un des principaux acquis de la révolution de février 1848, se met en place. Cet acquis va perdurer. A partir de la IIIe République, les mouvements qui obtiennent gain de cause réussissent parce qu'il y a un blocage de la production. Ce sera notamment le cas en 1936 et en 1968, avec les deux plus grandes grèves de l'histoire de France. En 1936, les ouvriers obtiennent, entre autres, les congés payés et la semaine de 40 heures. En 1968, ce rapport de force va faire céder le pouvoir et aboutir aux accords de Grenelle [avec une augmentation de 35% du smic, comme le rappelle Le Monde].
Dans ces deux derniers cas, le mouvement a eu une efficacité parce qu'il y a eu des alliances entre les classes populaires et les classes moyennes.Gérard Noirielà franceinfo
Le Front populaire était le fruit du front antifasciste mis en place en 1934 entre les représentants socialistes et communistes du mouvement ouvrier, et les radicaux qui fédéraient les classes moyennes. Le mouvement de Mai 68, lui, est parti des étudiants, mais il a été rejoint par les ouvriers sous l'égide des syndicats, encore très puissants.

On s'aperçoit que les "gilets jaunes" ont du mal à se faire entendre parce qu'on ne sait pas quelles sont leurs revendications. Est-ce nouveau ?
Le problème est celui-ci : pour se faire entendre dans l'espace public, comment les classes populaires vont-elles énoncer leurs souffrances multiformes dans des termes susceptibles de les rassembler ? Comme je l'ai déjà expliqué au Monde, aujourd'hui, les "gilets jaunes" crient "j'ai mal à la taxe" au lieu de dire "j'ai mal partout".
Quel langage ont à leur disposition ceux qui n'ont pas fait d'études ? Qui n'ont pas fait Sciences Po ? Ils nomment leurs revendications dans un langage simple. Mais derrière cette simplicité, il y a une multitude de choses parce que les formes de souffrance ne se réduisent pas à des questions économiques ou d'impôts.Gérard Noirielà franceinfo
On rencontre tout le temps la question de la dignité : quelles que soient les périodes, les classes populaires ont le sentiment qu'elles ne sont pas respectées. En 1936, on a vu émerger des revendications liées à l'exigence d'une vie digne, qui ne soit pas uniquement vouée au travail. Elles ont donné lieu aux congés payés, à l'organisation de loisirs. Dans l'histoire récente, ces revendications ont été portées longtemps par les syndicats et les partis de gauche, mais il y a aujourd'hui une crise de cette représentation.
C'est effectivement un autre problème lié aux "gilets jaunes" : qui peut parler en leur nom ? 
Il y a deux conceptions de la citoyenneté : une conception dominante, qui est la délégation du pouvoir avec un bulletin dans l'urne tous les cinq ans, et une conception populaire, qui est la participation directe. C'est celle des "gilets jaunes" qui disent : "Nous on ne veut pas déléguer notre pouvoir à des chefs qu'on ne connaît pas." En 1871, la Commune de Paris a appliqué cette démocratie directe. Les citoyens parisiens se réunissaient physiquement dans des assemblées générales, et ils choisissaient des délégués, qui étaient révocables et devaient rendre compte de ce qu'ils faisaient.
Cette forme de participation directe ne peut s'appliquer que dans une ville où tout le monde peut se rassembler en un même lieu, mais il en existe d'autres façons de mettre en œuvre la démocratie directe : votations, référendums, tirage au sort...  Mais avec les réseaux sociaux, les "gilets jaunes" disposent de moyens que les générations précédentes n'avaient pas.

On a beaucoup parlé de violences après les manifestations du samedi 1er décembre. Violence de la part des manifestants, mais aussi de la part de forces de l'ordre. Qu'en pensez-vous, en tant qu'historien ?
Nous vivons dans une société beaucoup plus pacifique qu'auparavant, qu'on ne peut comparer avec les périodes antérieures. Il faut se rappeler que les grandes grèves de 1947-1948 ont fait une vingtaine de morts [notamment avec le sabotage d'un train Paris-Lille dans un contexte de mouvements sociaux des cheminots et des mineurs].
Autrefois, le pouvoir n'hésitait pas à fusiller les grévistes. George Clemenceau l'a fait en réprimant les révoltes viticoles en 1907, dans le sud de la France, avec plusieurs morts. Aujourd'hui, il y a une dramatisation médiatique des formes de violence, mais on ne peut pas dire qu'on n'a jamais vu ça. Historiquement, ce n'est pas vrai.Gérard Noirielà franceinfo
Le changement réside dans les progrès technologiques : les réseaux sociaux, les chaînes d'info en continu, les gens qui filment eux-mêmes les manifestations avec leur smartphone. Mais on constate aussi historiquement qu'à chaque fois qu'il y a de la violence – et elle est récurrente – elle finit par faire peur à la majorité silencieuse qui se désolidarise du mouvement.

Le mouvement des "gilets jaunes" est-il sans précédent ?
La symbolique du gilet jaune, déjà, est inédite. Les mouvements sociaux ont besoin de se donner une identité avec des symboles nouveaux : sous la révolution française, le bonnet phrygien ; en 1936, le drapeau rouge et L'Internationale. Ce gilet jaune est bien vu, parce qu'il y a une adéquation forte entre le symbole choisi et les revendications. Au départ, le gilet jaune a été imposé par l'administration de la Sécurité routière pour la sécurité des automobilistes et là, il a été accaparé comme le symbole d'une détresse sociale. C'est une preuve d'intelligence collective et d'imagination populaire.
Après coup, ce n'est pas surprenant ce qui se passe, même si, en France, les élites sont toujours surprises par les mouvements sociaux. Elles ne s'y attendent jamais. On se souvient de l'article d'un journaliste du Monde, Pierre Viansson-Ponte, intitulé "Quand la France s'ennuie" quelques semaines avant Mai 1968. Je ne vous dirai pas que j'avais prévu ce nouveau mouvement, mais ce n'est pas étonnant. C'est presque sain qu'à un moment donné, les classes populaires se manifestent pour exprimer les souffrances qu'elles ressentent. C'est l'expression de la démocratie, même si ça prend des formes qu'on ne peut pas soutenir, comme celle des violences.

DERNIERES NOUVELLES... AVEC M. PENICAUD EN MEILLEUR VERROU ?... UN BIEN MAUVAIS SIGNE !

DIRECT. "Gilets jaunes" : le smic ne sera pas revalorisé, maintient la ministre du Travail, avant les annonces attendues d'Emmanuel Macron

Le chef de l'Etat doit s'exprimer en début de semaine, selon l'Elysée.


Ce qu'il faut savoir
 Selon la ministre du Travail, Emmanuel Macron va annoncer des "mesures concrètes" et "immédiates" dans les prochaines heures pour calmer le mouvement des "gilets jaunes". Sur LCI, dimanche 9 décembre, Muriel Pénicaud a en revanche de nouveau assuré qu'il n'y aurait "pas de coup de pouce au smic" car "on sait que ça détruit des emplois, et ce n'est pas la bonne méthode." 
 Les partenaires sociaux à l'Elysée lundi. Les syndicats de salariés et les organisations patronales ont rendez-vous avec Emmanuel Macron à 10 heures. Le chef de l'Etat doit leur présenter une série de mesures. Seront aussi présents au tour de la table : les présidents des associations d'élus, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, ainsi que du Conseil économique, social et environnemental.
Près de 2 000 interpellations. Le ministère de l'Intérieur a encore revu à la hausse le nombre d'arrestations auxquelles les forces de l'ordre ont procédé, samedi 8 décembre, lors de la quatrième journée de mobilisation des "gilets jaunes". La Place Beauvau évoque désormais "près de 2 000 interpellations" sur l'ensemble du territoire qui ont donné lieu à "plus de 1 700 gardes à vue". De son côté, la ministre de la Justice Nicole Belloubet a estimé dans l'émission "Questions politiques" sur France Inter et franceinfo, dimanche, qu'il "n'y a pas eu d'interpellations préventives. Les interpellations qui ont eu lieu hier résultent d'infractions."
Des garde à vue se poursuivent. Dimanche à la mi-journée, environ 400 gardes à vue liées à la journée de mobilisation des "gilets jaunes" dans la capitale avaient été traitées, a annoncé sur franceinfo la ministre de la Justice. Sur ces 400 personnes en garde à vue, 120 ont été déférées au parquet de Paris, a précisé Nicole Belloubet. Une partie d'entre elles seront jugées en comparution immédiate lundi. Environ 300 procédures ont été classées sans suite.
Un dispositif "exceptionnel". Samedi, 89 000 membres des forces de l'ordre ont été déployés sur l'ensemble du territoire, dont 8 000 à Paris, appuyés par 14 véhicules blindés à roues, déployés pour la première fois de leur histoire dans la capitale. La tour Eiffel, le Louvre et de nombreux commerces étaient restés fermés.
Le chef de l'Etat s'exprimera peut-être lundi. Emmanuel Macron devrait annoncer de nouvelles mesures en réponse à cette crise qui met son quinquennat à l'épreuve. "A toutes les forces de l'ordre mobilisées aujourd'hui, merci pour le courage et l'exceptionnel professionnalisme dont vous avez fait preuve", a simplement tweeté samedi en fin de soirée le président de la République.
"L'acte V est dans les mains du président de la République." Benjamin Cauchy, membre du collectif des "gilets jaunes libres", reçu par le Premier ministre vendredi, avant la quatrième grande journée de mobilisation, a déclaré sur franceinfo qu'il attendait de la "considération" de la part d'Emmanuel Macron avant des mesures "sur le pouvoir d'achat". "Nous souhaitons que le président de la République réponde."

L'INSURRECTION CITOYENNE : NOUS Y SOMMES !


BLINDES BIEN SÛR, MAIS CHARGES DE CAVALERIE, POURQUOI PAS ? UN POUVOIR ECLECTIQUE ! (1)



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(1) ... ou, après "l'itinérance mémorielle" du 11 novembre,  les errances triviales d'un chef qui se révèle chaque jour plus autoritaire - même si on ne peut l'accuser en plus d'être monomaniaque quant aux moyens mis en oeuvre !

Pour ma part, "à l'ancienne"et avec plus d'allure - et surtout beaucoup plus de courage ! -, j'aurais préféré voir un chef de guerre qui, loin de rester terré dans son repère, sortirait avec son 'panache blanc' pour haranguer ses sujets venus "le chercher". A-t-il compris que cela était trop tard pour qu'une stupeur admirative frappe ceux-ci ? Auquel cas, il ne lui resterait que de mettre sabre au clair - erreur funeste ultime dont les prémisses répressives pointent déjà, hélas...
J.P. Carlin 

CONVERGENCE DES LUTTES A AVRANCHES

Gilets jaunes. La CGT Avranches appelle à la convergence des luttes

D.G.S.I. : VERS UNE POLICE POLITIQUE ?

François Ruffin
#GiletsJaunes
 
Soutien total à @Francois_Ruffin, visé par une enquête ahurissante de la DGSI (services secrets intérieurs) pour "sédition et complot contre l’Etat" (#WTF).

J'invite le clan #Macron à reprendre son sang-froid, et la DGSI à ne pas se comporter en police politique.
Thomas Guénolé

BELLE RESISTANCE DES 'AMIS DE LA TERRE' A NANCY

samedi 8 décembre 2018

TEMOIGNAGE DEPUIS DIEPPE

Dieppe : le député communiste Sébastien Jumel défile avec les gilets jaunes

Dieppe le 8 décembre 2018 : départ d'une manifestation des gilets jaunes avec le député PCF Sébastien Jumel / © France 3 Normandie / Image extraite de la vidéo du JRI Judikaëlle Rousseau
Dieppe le 8 décembre 2018 : départ d'une manifestation des gilets jaunes avec le député PCF Sébastien Jumel / © France 3 Normandie / Image extraite de la vidéo du JRI Judikaëlle Rousseau
Pour le quatrième samedi de la mobilisation des gilets jaunes, les élus PCF de Dieppe ont lancé un appel à manifester dans le centre-ville
 
Par Richard Plumet

C'est un rapprochement entre d'une part, les gilets jaunes, et d'autre part partis politiques et syndicats qui était organisé ce matin (samedi 8 décembre 2018) à Dieppe. Une ville où la mobilisation des gilets jaunes a été précédée dès le 16 novembre d'un rassemblement devant l'hôtel de ville avec Nicolas Langlois, le maire et Sébastien Jumel, le député. Des élus communistes, qui sans arrière-pensée de "récupération" ont très tôt rejoint la cause des gilets jaunes.
 

"La colère du peuple"

Parti d'un des ronds-points occupés depuis le 17 novembre, un cortège (sans drapeaux siglés) est descendu dans les rues du centre-ville de Dieppe.

Pour Sébastien Jumel, la participation à cette manifestation et le soutien aux gilets jaunes s'inscrivent pleinement dans le sens de son engagement politique, de militant communiste, de maire de Dieppe et aujourd'hui de député de Seine-Maritime :
Dès le premier jour je me suis senti à l'aise dans ce mouvement parce que je viens de là d'une certaine manière. Moi, mon slogan c'était de faire entrer la colère du peuple et la voix du territoire à l'Assemblée nationale. Et bah, l'expression des gilets jaunes c'est tout ça à la fois !

Le peuple qu'il y a ici c'est mon peuple, c'est celui avec lequel je vis. C'est celui avec lequel je me bats pour l'industrie, pour défendre les services publics, pour défendre l'hôpital, pour défendre, aussi, l'aménagement du territoire face aux métropoles qui avalent tout…


Les retraites 

Pendant cette manifestation, le député de Seine-Maritime s'est transformé en reporter sur son compte twitter  pour livrer, en vidéo, le témoignage d'une retraitée qui déplore la perte de 40 euros par mois :
 

Emission spéciale 

Une émission spéciale de la rédaction de France 3 Normandie sera diffusée ce dimanche entre 11h et midi avec vos témoignages :

 

LA VENGEANCE, UN PLAT QUI SE MANGE FROID ?... HUM... L'INTERPELLATION DE COUPAT NE SEMBLE PAS LE PROUVER...

"Gilets jaunes" : Julien Coupat interpellé à Paris et placé en garde à vue

L'ancien militant d'extrême gauche fait partie des centaines de personnes interpellées en marge de "l'acte IV" du mouvement, samedi.

Julien Coupat arrive au tribunal de grande instance de Paris lors du deuxième jour du procès Tarnac, le 14 mars 2018.
Julien Coupat arrive au tribunal de grande instance de Paris lors du deuxième jour du procès Tarnac, le 14 mars 2018. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)
Longtemps présenté comme le leader d'un groupe d'ultragauche et relaxé au printemps lors du procès dit "de Tarnac", Julien Coupat a été interpellé dans la matinée du samedi 8 décembre à Paris, dans le cadre de "l'acte IV" des manifestations des gilets jaunes, a appris franceinfo de source judiciaire. Il a été placé en garde à vue du chef de "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations".

>> Suivez en direct "l'acte IV" de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi à Paris et dans les grandes villes 

Selon son avocat, Jérémy Assous, Julien Coupat a été interpellé par les services de renseignement dans le 19e arrondissement de la capitale alors qu'il circulait dans sa voiture avec un ami. La DGSI le suivait depuis plusieurs jours, précise-t-il et "ils se sont plantés car il n'ont rien trouvé". "Ils ont immobilisé son véhicule à 5 voitures, convaincus qu'ils allaient trouver un certains nombre d'éléments de matériel illicite qui auraient justifié de manière rétroactive leur enquête. Or, il n'y avait qu'un gilet jaune, un masque et des bombes de peintures", précise son conseil. Pas de quoi, selon lui, justifier une arrestation et des poursuites.
"Ils ont transmis le dossier à la police du 19e pour judiciariser cette interpellation mais on est très serein, il devrait être relâché incessamment sous peu", indique Jérémy Assous à franceinfo.
Les services de renseignement voulaient se venger de Tarnac de l'humiliation qu'ils ont subie et c'est de nouveau un échec. Jérémy Assous, avocat de Julien Coupat à franceinfo.

En milieu d'après-midi, 673 personnes avaient été interpellées et 551 placées en garde à vue à Paris dans le cadre de violences commises en marge de la journée de mobilisation des gilets jaunes.